Podcast #6 : Epargner responsable avec la finance verte

Podcast #6 : Epargner responsable avec la finance verte

Les enjeux climatiques et environnementaux nous poussent à changer nos modes de consommation et la finance n'échappe pas à cette prise de conscience collective. Depuis plusieurs années, des supports dits verts ou responsables ont vu le jour. En 2019, la loi Pacte a d'ailleurs prévu des mesures pour renforcer l'accès des épargnants à ces supports. Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire épargner responsable ? Et comment s'y prendre ?

Explications avec Marielle Desnier, responsable des investissements socialement responsables des valeurs mobilières et des investissements en actions au sein de la direction de gestion d'actifs de BNP Paribas Cardif. 

Ecoutez ce podcast ou bien lisez la retranscription ci-dessous. 

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Pourquoi est-il important de prendre en compte les changements écologiques quand on veut préparer sa retraite ?

Marielle : Il est bien sûr important de les prendre en compte, car de plus en plus d'études scientifiques annoncent un réchauffement climatique à un horizon de plus en plus proche. On parle de 2050. Donc nous devrions probablement connaître de notre vivant ces changements climatiques. Il est donc important de garder pour la retraite, mais également pour les générations futures, une planète la plus préservée possible. Les assureurs vie, via l'épargne qui leur est confiée (environ 1 800 milliards d'euros en France), sont des acteurs importants dans le financement des entreprises. La finance va donc contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique en faisant évoluer notamment les pratiques des entreprises via les investissements socialement responsables, dit ISR. Ces investissements socialement responsables sont des placements financiers qui visent à concilier performance économique et impact social et environnemental, en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable. Ils prennent une place de plus en plus importante dans l'univers de la finance. Ils vont donc orienter l'épargne, soit vers des supports financiers dont la thématique est liée à la transition énergétique et écologique, soit intégrer des critères extra financiers dans leur gestion.

Quels sont les critères extra financiers pris en compte dans la gestion des ISR ?

Marielle : Ces critères extra financiers, que l'on appelle ESG, E pour environnement, S pour social et G pour gouvernance, sont des indicateurs qui vont permettre d'analyser l'approche des entreprises face aux enjeux de développement durable. Ils vont permettre une meilleure identification des risques et des opportunités et vont donc être source de performance à moyen et long terme pour l'épargnant. Le G pour gouvernance indique la manière dont l'entreprise est dirigée, administrée et contrôlée. La gouvernance doit être comprise comme les fondations de la stratégie durable d'une entreprise. Le S de social permet d'analyser, par exemple, les conditions de travail des employés ou encore la protection des données personnelles. Le E d'environnement permet par exemple de comprendre comment une entreprise va modifier la conception et l'emballage d'un produit afin de réduire la matière première utilisée et d'augmenter ainsi sa durée de vie.

La finance permet-elle d'investir dans le développement durable ?

Marielle : Oui, la finance verte s'inscrit tout à fait dans le cadre de l'investissement responsable. Investir pour favoriser la transition énergétique en luttant contre le réchauffement climatique tout en contribuant à tous les autres enjeux écologiques comme la gestion des déchets, la gestion de la qualité de l'air et de l'eau. Et ceci, sans nuire aux autres enjeux sociaux et sociétaux comme les conditions de travail, l'égalité de traitement entre collaborateurs, le maintien de l'emploi, etc. Épargner de façon responsable permet donc de soutenir la construction d'un monde plus durable. Par développement durable on entend répondre aux besoins présents des hommes sans compromettre ceux des générations futures. En intégrant la finance verte, les assureurs donnent du sens à la gestion de l'épargne qui leur a été confiée.

Vers quel contrat se tourner pour préparer sa retraite tout en investissant dans le développement durable ?

Marielle : Le client peut choisir des supports d'investissement vert dans tous les contrats d'assurance vie classiques, ou bien dans les plans d'épargne retraite, ou encore dans un plan d'épargne en actions. Il existe 2 types de supports principaux dans les contrats d'assurance vie : les fonds généraux, qu'on appelle aussi fonds en euros avec capital garanti, et les unités de compte sans garantie en capital.

Comment la finance verte est-elle intégrée dans les fonds en euros ?

Marielle : Les fonds en euros représentent environ 80 % des encours de l'assurance vie en France. En général, un assureur intègre la finance verte dans ses fonds en euros via 3 grandes pratiques. La 1ère consiste à exclure certains secteurs d'activité, comme par exemple le charbon, le tabac, les mines antipersonnel ou encore des sociétés qui ne vont pas respecter les grands engagements internationaux comme les droits de l'homme et les droits des travailleurs. La 2e grande pratique consiste à sélectionner des entreprises ou des supports d'investissement performants ayant les meilleures pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. Et enfin, la 3e pratique va consister à orienter une partie des investissements sur des thématiques durables de la finance verte. Par exemple, investir sur des fonds immobiliers dont l'objectif est de faciliter l'accès au logement ou encore dans des obligations vertes appelées couramment, Green Bonds, dont l'objectif est de soutenir la transition énergétique en finançant par exemple l'installation d'éoliennes.

Comment s'articule la finance verte dans les supports en unités de compte ("UC") ?

Marielle :  La loi Pacte de 2019 a renforcé l'information devant être communiquée à l'épargnant avant la souscription d'un contrat d'assurance vie. Cette loi a également contribué à étoffer la gamme des UC labellisés dans l'offre des assureurs. Ces labels, attribués par un tiers indépendant, permettent aux épargnants d'être sûr qu'ils investissent bien dans un support de la finance verte. Depuis cette loi Pacte, les assureurs doivent proposer dans leurs offres d'unités de compte, depuis cette année, au moins une unité de compte labellisée ISR, investissement socialement responsable. Puis, en 2022, ils devront également renforcer leur offre avec au moins une unité de compte verte ayant obtenu le label GreenFin, lié à la thématique de la transition énergétique. Et au moins une unité de compte solidaire avec le label Finansol pour soutenir l'économie sociale et solidaire.

Que garantissent les labels GreenFin et Finansol ?

Marielle : Ce sont des labels français qui ont pour ambition de permettre aux épargnants d'identifier les placements financiers favorisant le développement durable. Les fonds labellisés ISR investissent dans des entreprises qui adoptent des pratiques responsables en matière environnementale, sociale et de gouvernance. D'où les critères ESG dont nous avons parlé précédemment. Les fonds labellisés GreenFin, eux, ciblent la thématique de la transition énergétique et écologique : ils n'investissent pas dans les secteurs du charbon, du pétrole, du gaz et du nucléaire. Et enfin, le label Finansol garantit qu'un fonds consacre au moins 5 à 10 % de ses encours dans l'économie sociale et solidaire. Ces labels permettent donc à l'investisseur d'avoir la garantie que ses placements sont réalisés dans une démarche de développement durable.

Existe-t-il aujourd'hui une véritable demande des épargnants pour des produits durables ?

Marielle : Oui, tout à fait. La demande des épargnants pour des produits durables est bien réelle. Des études estiment qu'environ 88 % des épargnants souhaitent une épargne responsable. D'où l'importance d'offrir une gamme d'unités de compte complètes et claire intégrant la finance verte, et de donner de la transparence sur les placements des fonds en euros.

Comment obtenir des informations sur la démarche responsable des assureurs ?

Marielle : Les épargnants peuvent se renseigner soit via les informations disponibles sur les réseaux sociaux et sur les sites Internet des assureurs, soit également via la consultation des rapports publics tels que celui de la RSE (Responsabilité Sociale d'Entreprise) ou encore le rapport dédié à l'investissement responsable.

Les supports d'investissement qui composent l'offre de la finance verte sont-ils aussi performants que les supports d'investissement dits « classiques » ?

Marielle : L'objectif de la finance verte est de concilier performance financière et impact positif durable pour la société, permettant ainsi de mieux gérer les risques à moyen et long terme. Mais le rendement des supports d'investissement responsable reste évidemment soumis à l'évolution des marchés financiers, comme n'importe quel autre investissement. Des études académiques récentes montrent que les fonds intégrant des critères ESG ont une performance financière au moins égale à ceux qui ne les intègrent pas. Par exemple, cette année, suite à la forte baisse des marchés liée à la crise sanitaire, on a pu constater la bonne performance relative des fonds ISR.

Les fonds ISR sont-ils plus risqués ?

Marielle : Le niveau de risque d'un produit d'épargne responsable est comparable à un produit financier pour un rendement équivalent. Cependant, à moyen et long terme, l'utilisation des critères ESG dans l'analyse financière, vous l'avez compris, permet de diminuer les risques liés à un investissement. Pour rappel, il faut toujours choisir des supports d'investissement adaptés à son appétence pour le risque et à sa situation personnelle. Le client peut tout à fait en discuter avec son conseiller financier.

Conclusion : comment préparer sa retraite en investissant dans la finance verte et responsable ?

Marielle : L'assurance vie combine performance financière et finance verte. Cette finance verte va permettre à l'épargnant de se constituer un capital supplémentaire pour sa retraite en donnant du sens à ses investissements financiers, car ils vont générer des impacts positifs sur la société et sur la planète.

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