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12/01/2018

La retraite ailleurs dans le monde

Retraites dans le monde

Si l'Europe se distingue du reste du monde par l'importance de ses systèmes de solidarité, les questions de la sécurité sociale en général et de la retraite en particulier se posent dans toutes les régions du monde. Les réponses apportées dépendent de l'histoire des pays, mais aussi du stade de développement auquel ils sont parvenus.

 

 

1. Les systèmes de retraite dans le monde hors Europe de l'Ouest

L'Europe de l'Ouest, concernée historiquement la première par le vieillissement de la population, a développé précocement des systèmes de retraite ambitieux. Mais aujourd'hui, toute la planète est confrontée au problème. Hors l'Europe occidentale, on distingue trois groupes de pays : les pays développés (hors Europe), les pays émergents et les pays les plus pauvres. Quelles sont les problématiques majeures rencontrées par ces trois groupes ?

 

 

2. Les pays développés hors Europe : équilibrer les régimes

2.1. La part des dépenses de retraite dans les pays développés hors Europe

Les pays riches, hors de l'Europe, ont dans l'ensemble adopté des modèles d'inspiration anglo-saxonne en matière d'assurance vieillesse. Ainsi, la part des dépenses publiques de retraite dans le PIB de la plupart de ces pays est inférieure à la moyenne de l'OCDE (8,2 % en 2013) : 4,6 % au Canada, 6,9 % aux Etats-Unis, 4,3 % en Australie ou encore 5,1 % en Nouvelle Zélande. Seul le Japon avec 10,2 % fait figure d'exception mais depuis peu. En effet, au début des années 1990, le pays du Soleil Levant était en-dessous de la moyenne de l'OCDE. Avec une population considérée comme la plus âgée du monde, il a dû faire face à une réelle évolution de la société liée au vieillissement et au ralentissement de l'économie.

 

Au Japon comme aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, les plus de 65 ans dépendent des régimes publics de retraite pour moins de la moitié de leur revenu (et même pour à peine plus du tiers aux Etats-Unis).

 

Comme en Europe , ces pays affrontent le défi du vieillissement et celui du ralentissement de la croissance (par rapport au rythme des Trente Glorieuses), ce qui engendre des difficultés de financement pour les systèmes publics de retraite. Or, là encore, la situation est inégale entre eux. Là où les Etats-Unis, la Nouvelle Zélande et l'Australie connaissent une démographie relativement dynamique (autour de 2 enfants par femme), réduisant sans l'annuler l'effet de l'allongement de l'espérance de vie, le Canada et le Japon, eux, sont dans une situation nettement moins favorable.

 

 

2.2. Les solutions pour équilibrer les régimes

De nombreuses réformes des systèmes de retraite ont été entreprises dans ces pays au cours des vingt dernières années. Il s'agit, pour l'essentiel, de réformes qui affectent les paramètres du système sans le modifier en profondeur : relèvement de l'âge de départ à la retraite , baisse des prestations plutôt que hausses de cotisations. Les régimes complémentaires par capitalisation ont généralement été encouragés. Le plus souvent, l'objectif est celui de tous les systèmes de retraite des pays développés : réduire la pauvreté des personnes âgées d'un côté et permettre aux retraités de maintenir, autant que faire se peut, leur pouvoir d'achat après la cessation d'activité de l'autre.

 

 

3. Les pays émergents : accompagner la croissance

3.1. Les systèmes de retraite dans les pays émergents

Dans les pays d'Amérique du Sud, de l'ancien monde communiste, d'Asie et d'Afrique du Nord, la problématique est un peu différente. Leur transition démographique est en cours, même si elle se fait à des rythmes différents. Si, au cours des dernières années, voire des dernières décennies, le taux de fécondité a chuté dans certains pays comme la Chine (1,6 enfant par femme), il reste encore élevé dans d'autres pays comme l'Inde (2,4 enfant par femme). Avec une population relativement jeune aujourd'hui, ces pays devraient être concernés par le vieillissement dans les décennies à venir du fait notamment de l'allongement de l'espérance de vie.

 

Pour les pays économiquement émergents, la problématique des retraites est liée à celle du développement. Les modèles « bismarckiens » (les salariés cotisent toute leur vie dans le cadre de leur entreprise et perçoivent à la retraite une pension proportionnelle à leurs cotisations) posent problème : ils supposent que la majeure partie de la population active travaille et cotise, ce qui n'est pas toujours évident dans des pays où l'économie informelle est importante. La faiblesse relative des revenus incite peu à épargner pour l'avenir, et fournit une assiette réduite pour financer des prestations sociales suffisantes. Il faut en outre que les institutions, publiques ou privées, inspirent suffisamment confiance pour que les personnes acceptent de leur confier leur épargne à très long terme, plutôt que de compter sur les solidarités traditionnelles.

 

 

3.2. Les préconisations des institutions internationales

Tout au long des années 1990, la Banque Mondiale préconisait des systèmes à trois piliers :

  • un régime d'allocations financées par l'impôt pour les plus démunis ;
  • un régime alimenté par des cotisations prélevées sur les revenus et versant des pensions proportionnelles aux cotisations, fonctionnant de préférence par capitalisation ;
  • des régimes complémentaires volontaires privés.

Pourquoi faire le choix de la capitalisation ? Pour plusieurs raisons :

  • les individus seraient mieux incités à verser des cotisations présentées comme une épargne personnelle ;
  • les fonds privés seraient moins corruptibles, moins influençables et moins sensibles à l'instabilité politique que l'État ;
  • l'épargne collectée pourrait bénéficier à l'économie locale.

D'autres organisations, comme le Bureau international du travail (BIT) ou l'Association internationale pour la sécurité sociale (AISS), s'opposaient au contraire à l'utilisation des systèmes de solidarité au profit de la collecte de capitaux, et professaient d'une façon générale une plus grande méfiance à l'égard des marchés comme instruments de régulation des institutions de sécurité sociale.

 

Le cas du Chili a longtemps polarisé le débat. En 1981, le gouvernement du général Pinochet a en effet décidé de remplacer l'ancien système par répartition (qui restait cependant en vigueur pour ceux qui le souhaitaient) par un régime par capitalisation, géré par des fonds de pension privés. Depuis, des mécanismes redistributifs ont été ajoutés au système. Certains pays d'Amérique latine (Bolivie, Mexique ou Salvador) ont choisi également la voie de la capitalisation dans les années 1990, alors que d'autres ont conservé leurs régimes par répartition ou ont opté pour des systèmes mixtes.

 

L'Inde, de son côté, a mis en place un système public par capitalisation dès 1952 ; mais celui-ci ne couvre qu'une petite partie des actifs, malgré des efforts récents pour établir un système plus universel. La Chine a choisi un système à trois piliers (retraite de base, comptes individuels obligatoires (théoriquement par capitalisation), assurances volontaires). Le vieillissement rapide de la population contraint les autorités à prendre d'importantes mesures pour assurer le financement à long terme du système (augmentation des cotisations, augmentation de l'âge de la retraite).

 

 

3.3. Des réformes aux finalités communes

Au cours des dernières années, tous ces pays ont entrepris des réformes. Leur but est donc d'améliorer la lutte contre la pauvreté des personnes âgées en créant ou renforçant un « premier pilier » solidaire (avec des résultats réels notamment en Amérique latine), et de construire des systèmes financièrement viables pour assurer un meilleur niveau de vie à une population âgée en pleine expansion. Si l'on essaie de regarder globalement les résultats obtenus, il semble bien que l'efficacité de ces efforts dépende davantage du niveau de développement économique que des options choisies (entre capitalisation et répartition, gestion publique ou gestion privée). On observe également, parmi la diversité des parcours, une convergence vers la superposition de régimes de type « minimum vieillesse », de régimes obligatoires assis sur les contributions, et de régimes facultatifs. Tout le débat portant désormais moins sur le mode de fonctionnement de ces régimes que sur les arbitrages à effectuer entre eux et sur l'ajustement de leurs paramètres.

 

 

4. Les pays les moins avancés: lutter contre la pauvreté

Certains pays, essentiellement ceux de l'Afrique subsaharienne, n'ont pas encore véritablement opéré, ni même parfois entamé, leur transition démographique. La fécondité reste à des niveaux élevés (4,9 enfants par femme en Afrique subsaharienne, contre 2,5 en moyenne dans le monde), et l'espérance de vie demeure très en-dessous de la moyenne mondiale (60 ans contre 72).

 

Dans ces pays, les systèmes de retraite sont encore très peu développés. La priorité demeure la lutte contre la pauvreté. Quand ils existent, les programmes de sécurité sociale mettent l'accent sur des régimes alimentés par l'impôt et versant des allocations universelles. Le vieillissement devrait cependant concerner également ces régions à l'avenir. Le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans en Afrique subsaharienne pourrait passer de 46 millions en 2015 à 161 millions en 2050. Certains pays anticipent déjà ce besoin émergent.

 

On s'oriente donc, dans cette zone, vers la mise en place de systèmes à plusieurs piliers, garantissant à la fois des revenus de solidarité et des revenus de remplacement. Mais l'évolution en est encore à ses débuts. L'Association Internationale de la Sécurité Sociale (AISS) évalue aujourd'hui que seuls 5 à 10 % des habitants de l'Afrique subsaharienne sont couverts par des régimes de sécurité sociale.

 

Globalement, pays développés et pays en voie de développement s'orientent vers des solutions retraite relativement convergentes d'un point de vue technique, avec des structures à trois piliers. L'organisation de ces piliers d'une part et l'arbitrage entre eux d'autre part, font l'objet d'un débat politique et économique propre à chaque pays. Il reste que dans les pays développés, plus particulièrement en Europe, l'enjeu est davantage le maintien - ou non - d'un niveau de prestation élevé, tandis que les pays émergents se posent plutôt la question de l'ampleur à donner à l'augmentation de la couverture sociale. Dans un cas comme dans l'autre, on assiste au même débat : quelle part de la richesse produite peut-on, et souhaite-t-on, consacrer à la prise en charge des retraités ?

 

 

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