Aujourd'hui, les femmes qui partent à la retraite touchent une pension inférieure de 42% à celle des hommes. Malgré leur arrivée massive dans le monde du travail depuis les années 1970, les inégalités hommes/femmes, (écarts de salaires, temps partiel, choix familiaux...) perdurent, avec des conséquences directes sur la retraite.
Des écarts de pensions sensibles
En 2009, les hommes touchaient en moyenne 1524 € de pension de retraite par mois, et les femmes 877 € malgré la mise en place d'avantages comme les majorations du montant de la retraite pour les mères de trois enfants et plus. Lorsque l'on prend en compte les pensions de réversion, dont les femmes sont largement plus nombreuses à bénéficier, l'inégalité se réduit un peu mais perdure : en 2004 (derniers chiffres disponibles), les femmes percevaient 1011€ de pension, réversion comprise.
Les facteurs explicatifs sont nombreux
En effet, en termes de carrière et de salaires, les femmes sont moins bien loties que les hommes. Elles sont plus touchées par les emplois précaires : 80% des temps partiels et 78% des emplois non-qualifiés sont occupés par des femmes. Elles sont moins bien payées : en 2006, leur rémunération était inférieure de 27% en moyenne à celle des hommes ; l'écart descend à 19% si on ne tient compte que des emplois à temps plein ; à poste égal, il reste encore de 10%. En outre, l'écart a cessé de se résorber depuis le milieu des années 1990.
Enfin, les femmes ont des carrières plus accidentées : entre chômage et choix familiaux (grossesses, congés maternité, arrêts de travail pour élever ses enfants...), elles connaissent plus de périodes d'inactivité que les hommes.
Ainsi, elles valident en moyenne 20 trimestres de moins que les hommes (157 trimestres pour les hommes, contre 137 pour les femmes), et ne sont que 41% à effectuer une carrière complète, contre 86% chez les hommes. En définitive, moins d'une femme sur deux réussit à valider le nombre de trimestres nécessaires pour toucher une pension complète.
| Odile Chagny, économiste au Groupe Alpha et chercheur affiliée à l'OFCE, évoque l'ampleur des inégalités hommes-femmes face à la retraite, ainsi que ses principales causes.
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Une situation qui s'améliore très lentement
L'important écart entre les niveaux de pensions de retraite des hommes et des femmes se réduit à un rythme très lent. Aujourd'hui de 42%, il devrait être de 30% pour les générations 1965-1969, qui partiront à la retraite aux alentours de 2025-2030. Et on a déjà pu noter une amélioration entre les générations précédentes : en 2004, le niveau relatif (par rapport aux hommes) de pension des femmes âgées de 65 à 69 ans était supérieur de 19% à celui des femmes âgées de 85 ans ou plus.
On peut donc espérer que les femmes qui travaillent actuellement auront de meilleures retraites que leurs mères.
Que penser des avantages accordés aux femmes par le système de retraite ?
Le système de retraite accorde certains avantages aux femmes pour réduire les inégalités : des trimestres de majorations sont accordés pour chaque enfant, une majoration de 10% de la pension pour les mères de 3 enfants et plus. Ces avantages ne suffisent pas cependant à résorber les inégalités.
Le système de retraite doit-il avoir pour rôle de réduire les inégalités entre hommes et femmes ?
Cela fait débat. Pour certains, il faut d'abord mettre l'accent sur des politiques visant à corriger les inégalités sur le marché du travail (salaires, conciliation vie familiale / vie professionnelle, etc.), plutôt que de les compenser au moment de la retraite, ce qui revient en fait à les entériner. Mais d'autres estiment que la lenteur avec laquelle se résorbent les inégalités justifie le maintien de mécanismes de compensation. La nécessité de ces mécanismes s'impose d'autant plus que les réformes en cours du système de retraite risquent d'affecter davantage les femmes que les hommes - notamment l'allongement de la durée de cotisation requise pour liquider une retraite à taux plein.
Quelles sont les nouveautés apportées par la réforme de novembre 2010 ?
La réforme des retraites de 2010 contient quelques mesures en faveur des femmes et de l'égalité hommes-femmes.
- La principale de ces mesures vise à inciter les entreprises à promouvoir l'égalité hommes-femmes au sein de leur organisation : Les entreprises de 50 salariés et plus doivent avoir mis en place, avant le 1er janvier 2012, un accord sur l'égalité professionnelle hommes-femmes ou, à défaut, un plan d'action pour la promotion de cette égalité. A défaut, elles doivent acquitter une contribution qui pourra atteindre 1% de leur masse salariale.
Il s'agit d'une mesure calquée sur le principe de ce qui existe par ailleurs sur la prise en compte de la pénibilité et l'emploi des seniors.
Quelle différence y a-t-il entre un « accord » et un « plan d'action » ?
L'accord suppose une négociation au sein de l'entreprise ; le plan d'action peut être décidé unilatéralement par l'employeur. Aussi bien l'accord que le plan d'action portent sur tous les aspects de l'égalité homme-femme dans l'entreprise : « la situation respective des femmes et des hommes en matière d'embauche, de formation, de promotion professionnelle, de qualification, de classification, de conditions de travail, de rémunération effective et d'articulation entre l'activité professionnelle et l'exercice de la responsabilité familiale. » Le plan d'action doit faire l'objet d'un suivi et contenir des indicateurs chiffrés.
- Les deux autres mesures sont de moindre portée :
- les parents de 3 enfants nés avant 1956 et ayant interrompu ou réduit leur activité professionnelle pour les élever, pourront continuer à partir à la retraite à taux plein à 65 ans, à condition d'avoir validé un nombre minimum de trimestres qui reste à fixer. Cette mesure pourrait concerner 130 000 personnes, sans doute essentiellement des mères.
- Depuis le 1er janvier 2012, l'indemnité journalière perçue pendant le congé maternité est prise en compte, à hauteur de 125 % de leur montant, pour le calcul du salaire de référence à partir duquel est calculée la retraite (les 25 meilleures années). Cette mesure pourrait se traduire par une légère réévaluation de certaines retraites de mères.






