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23/10/2017

La retraite, un nouvel âge de la vie

Pierre-Henri Tavoillot : Portrait

Qu'est-ce qu'un retraité d'aujourd'hui a de commun avec un retraité de 1945 ? Assurément peu de choses ! Notre perception des seniors et des âges de la vie a considérablement évolué, impactant la représentation que nous nous faisons de la retraite et des retraités. Alors, quelle définition de la retraite dans nos sociétés modernes ?

 

Le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, a travaillé notamment sur la représentation des âges de la vie. Il nous fait part de sa perception du problème des retraites, lors d'un entretien réalisé en 2010.

1. Retraite : une période de vie à part entière

Avec l'allongement de l'espérance de vie, la retraite n'a plus le même sens aujourd'hui qu'au moment de la création du système par répartition en 1945. Les bouleversements démographiques, sociologiques, économiques du dernier demi-siècle remettent en question nos façons de percevoir les âges, et en particulier celui de la retraite.

 

2. Comment définir l'âge de la retraite aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a changé par rapport à hier ?

Question 1 :  Comment définir l'âge de la retraite aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a changé par rapport à hier ?

 

Retranscription de l'interview de Pierre-Henri Tavoillot

La retraite a été conçue comme une courte période de repos après une longue vie de labeur, c'est comme ça que cela a été instauré dans les démocraties ou même les Etats occidentaux. C'est vrai qu'elle a totalement changé de nature. Aujourd'hui, c'est une longue période qui se dessine après une courte vie de labeur (sur l'échelle de la vie humaine) avec l'augmentation de l'espérance de vie. Elle a aussi changé de nature, car elle n'est plus conçue véritablement comme une espèce de récompense mais comme une espèce de droit à l'épanouissement.

 

C'est le point essentiel, il arrive un moment où l'on sort des responsabilités principales de l'âge adulte : faire carrière et avoir des enfants. Il y a une nouvelle période qui s'ouvre, une période de liberté, une période où de nouveau on se consacre à ses projets personnels, le vrai changement est là.

 

L'autre point, c'est sur le vieillissement de la population. Vivons-nous dans une population qui vieillit ? Evidemment, tous les indices montrent que notre société est vieillissante, avec l'idée que nous perdons du dynamisme. Là aussi, peut-être faut-il pondérer un peu les choses.

 

L'augmentation de l'espérance de vie ne signifie pas mécaniquement qu'une société vieillit. Un démographe qui s'appelle Patrice Bourdelet proposait une définition de la vieillesse qui disait « on est vieux quand il nous reste 10 ans à vivre ». De ce point de vue-là, la population française ne vieillit pas, parce que d'une certaine façon être vieux aujourd'hui à 60 ans c'est faux. Le vieillissement et la perte de vitalité sont des choses très relatives qu'il faut examiner dans un contexte social, l'idée de perte de dynamisme d'une société n'est pas absolument évidente même s'il faut rester sur ce point très vigilant.

 

3. Quelle place occupe aujourd'hui la retraite dans le découpage des âges de la vie ? Quel est le sens de la retraite dans le monde actuel ?

Question 2 : Quelle place occupe aujourd'hui la retraite dans le découpage des âges de la vie ? Quel est le sens de la retraite dans le monde actuel ?

 

Retranscription de l'interview de Pierre-Henri Tavoillot

L'augmentation des âges de la vie est incontestable. La retraite fait partie d'un âge nouveau. Il y a deux grands âges nouveaux dans les âges de notre vie : l'adolescent, jeunesse interminable, on sort de l'enfance de plus en plus tôt et on rentre dans l'âge adulte de plus en plus tard, aux alentours de 30 ans. Et puis le deuxième âge, c'est cet âge où on est âgés sans être vieux. C'est-à-dire que la retraite ne correspond plus aujourd'hui à la vieillesse. Il y a une déconnexion, d'ailleurs on est plutôt tentés de penser que la vieillesse c'est le quatrième âge.

 

Quand on interroge les Français sur l'âge où on est vieux, ils répondent 75,3 ans en moyenne. Mais ce qu'ajoutent les sondages, ce n'est pas une question d'âge. La vieillesse est conçue comme étant dans la tête plutôt que dans les artères. Cette place est vraiment très importante, c'est un moment où, en quelque sorte, on entre dans le hors-compétition, on entre dans « le reste de sa vie ». C'est-à-dire que pendant toute une phase de l'existence on a grandi, on a cherché à monter en performance et en efficacité, et arrive un moment où on se dit que la performance est derrière nous.

 

On peut se désespérer de se dire que la performance est finie. Mais en même temps, c'est le moment d'une autre manière de vivre : on cesse de grandir et on commence à s'élargir. On s'élargit dans la mesure où l'on s'ouvre peut-être un peu plus aux autres, aux choses essentielles, à d'autres soucis, d'autres perspectives. On retourne faire des études : les universités inter-âges fleurissent actuellement en France et témoignent d'une retraite très active.

 

4. Existe-t-il un idéal du retraité ? Quels sont les modèles de la retraite ?

Question 3 : Existe-t-il un idéal du retraité ? Quels sont les modèles de la retraite ?

 

Retranscription de l'interview de Pierre-Henri Tavoillot

Il y a dans la tradition philosophique (et là c'est intéressant de s'y consacrer car c'est très utile) deux grands idéaux de la retraite :

 

Le premier idéal est un idéal cicéronien. Un très beau texte qui s'appelle « De Senectute », qu'il faut lire quand on est en retraite, considère que le vieux est plus efficace que le jeune : il est libéré des passions sexuelles, de l'honneur, donc il est plus efficace et fait mieux. Ce vieillard va se consacrer aux choses essentielles, il va être très utile à la cité et très actif.

 

Un autre modèle de la retraite est le modèle augustinien. Saint Augustin considère au sens religieux du terme la retraite : comme le retrait, on se retire de la vanité du monde pour se consacrer aux seules choses importantes, c'est à dire à Dieu.

 

Ce qui est très troublant aujourd'hui, c'est qu'on a une sorte de motion de synthèse entre la retraite cicéronienne et augustinienne. On voudrait une retraite active comme Cicéron mais sans le coté très aristocratique de Cicéron, qui était un noble et possédait des revenus considérables. On voudrait aussi la retraite augustinienne, l'idée de sortir de la compétition et des vanités de ce monde, des querelles avec les collègues, etc. pour se consacrer aux choses importantes. Pas forcément Dieu, mais l'amour des proches, la question du sens… Une retraite cicéronienne sans le coté aristocratique et une retraite augustinienne sans le coté chrétien.

 

Pierre-Henri Tavoillot, Eric Deschavanne, Philosophie des âges de la vie. Pourquoi grandir ? Pourquoi vieillir ? Hachette, 2008

 

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